La phtisie, émancipation et consomption du Corps comme indicateur de la beauté à l’ère victorienne

Compte rendu rédigé par Dr Rémi MAGHIA (Dermatologue, Brest)

La phtisie, émancipation et consomption du Corps comme indicateur de la beauté à l’ère victorienne

D’après la communication orale de Juliette CAZES (Lyon)

La tuberculose

Juliette CAZES nous a montré comment, pendant la longue époque victorienne (1832-1901), les canons de la beauté féminine ont considéré que la pâleur extrême, l’aspect maladif, la fragilité, la lenteur, la maigreur, la tenue sombre, volontiers de deuil, contrastant avec la blancheur livide du visage, étaient très positivement regardés. Bref, une incitation à avoir la tuberculose ! Les pupilles dilatés par la belladone, pour donner un regard fiévreux, le corset pour afficher une minceur extrême, étaient aussi de mise.
Autres dénominations de la tuberculose : phtisie, consomption, peste blanche, maladie des fleurs (traces de sang des crachats dans les mouchoirs). Une maladie (souvent) mortelle, certes lentement, mais considérée comme très romantique… Étonnant ?

Le deuil

La reine Victoria adorait son mari, le prince Albert. Mais, après son décès, elle va ne pas quitter très longtemps le noir en signe de deuil. À cette époque, la femme est détentrice du deuil, et, la mortalité étant importante (guerres, épidémies, maladies, accouchement, mortalité infantile), elle assume dans le temps les différents deuils de la famille (mari, enfants), ce qui valorise le défunt mari. De plus, les deuils étaient longs et codifiés. La mode en tient compte avec des collections entières pour les femmes en deuil. Détail « qui tue » : la couleur noire profonde étant très difficile à obtenir, des produits très toxiques, mais qui tiennent peu, étaient utilisés pour la teinture (trioxyde de fer, acide gallique, tanin, vert-de-gris, arsenic, etc.).

Tuberculose & culture

La tuberculose est considérée comme la maladie des génies : Kafka, Chopin, Tchekhov, Modigliani, les sœurs Brontë. En littérature, c’est la dame aux camélias d’Alexandre Dumas, fils dont l’héroïne Marguerite Gautier s’inspire de la vie de Marguerite Duplessis, incarnant l’archétype de la beauté liée à la tuberculose.
Greta Garbo, entre autres, a incarné le rôle au cinéma. On peut remarquer que le nom « tuberculose » n’apparaît jamais dans les films.
Le courant hygiéniste, la prévention, les sanatoriums, puis la vaccination, les antibiotiques vont apparaître, mettant un terme à cette mode étrange. Vu de nos jours, il parait peu compréhensible qu’une mode puisse s’inspirer d’une maladie qui tue. Heureusement, le propre de la mode est de changer…

Date de mise à jour : 01/2020